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Publié le : 10 février 2008
Auteur :

Pr Christian Berthou


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Anémie sidéroblastique


NOUVEAU:MISE À JOUR 2008 DISPONIBLE EN PDF
La version lisible sur cette page date de 2005 et reste, en dehors de quelques modifications, d'actualité. Toutefois, si vous souhaitez accéder à la version la plus récente, vous pouvez télécharger le PDF (264Ko)

L’anémie sidéroblastique est caractérisée par une production inadéquate de l’hème [1] [2] et une accumulation excessive de fer dans les mitochondries des érythroblastes. Il s’agit d’anémies associées à la présence dans la moelle osseuse de sidéroblastes pathologiques dits sidéroblastes en couronne dont le nombre est supérieur ou égal à 15%.

Les sidéroblastes en couronne (Figure 1) présentent des micelles ferrugineuses (fer inorganique) accumulées dans les mitochondries : des érythroblastes présentent des grains de fer disposés autour du noyau, visibles après coloration au bleu de Prusse. Au microscope électronique, on voit que ces grains sont des mitochondries dégénérées remplies de fer.

Figure 1. Sidéroblastes en couronne (coloration de Perls)


Une telle répartition intramitochondriale du fer est anormale et différente de la répartition cytoplasmique irrégulière du fer dans les érythroblastes normaux : 20 à 80% des érythroblastes contiennent du fer dans des grains d’hémosidérine cytoplasmiques et sont dénommés sidéroblastes (1 à 3 grains bien visibles au microscope optique après coloration de Perls) (Figure 2). La sidéroblastose mitochondriale en couronne induit un avortement intramédullaire des érythroblastes et une dysérythropoïèse. L’anomalie de la synthèse de l’hème est le facteur pathogénique essentiel dans les anémies sidéroblastiques héréditaires.

Figure 2. Les sidéroblastes


Parmi les anémies sidéroblastiques, on distingue (Figure 3) :

  • des formes constitutionnelles et héréditaires ;
  • des formes acquises.

Figure 3. Classification des anémies sidéroblastiques


-  A Anémies sidéroblastiques héréditaires

  • a soit liée au chromosome X : par déficit en ALA-synthétase 2 (ALA-S2) ou par déficit rare dans le gène ABS7 (codant pour une protéine transporteuse située au niveau de la membrane interne de la mitochondrie).

  • b soit anémie sidéroblastique héréditaire secondaire à des anomalies de l’ADN mitochondrial (maladie de Pearson) ;

  • c soit par anomalie génétique autosomale, maladie sensible à la thiamine.

Les anémies sidéroblastiques héréditaires liées à l’X sont liées à une mutation du gène de l’ALA-S2 (situé en Xp11.21). La maladie est récessive et liée au sexe. Dans la grande majorité des cas les hommes sont atteints. Il peut exister des formes tardives chez la femme. L’apparition de la maladie est précoce, à la naissance ou chez le jeune enfant, parfois de révélation plus tardive vers 20-30 ans. Il s’agit d’une anémie microcytaire avec ponctuations basophiles, les réticulocytes sont abaissés, la sidérémie élevée. L’électrophorèse de l’hémoglobine est normale. Il existe un contexte familial (autosomique récessif) et une sidéroblastose en couronne ≥ 15%, surtout dans les érythroblastes tardifs (polychromatophiles et acidophiles). Il existe une hémolyse intramédullaire conduisant à une surcharge ferrique. L’anémie sidéroblastique liée à une mutation du gène ALA-S2 est classiquement sensible au traitement par la pyridoxine.

Il existe une forme rare d’anémie sidéroblastique congénitale avec ataxie liée à l’X mais en relation avec une mutation de ABC-7. Il existe aussi une forme décrite d’anémie sidéroblastique héréditaire autosomale [3] et une forme d’anémie sidéroblastique héréditaire liée à une anomalie de l’ADN mitochondrial [4].

-  B Anémies sidéroblastiques acquises

Elles sont de deux types :

  • a Formes secondaires
    Les formes secondaires d’anémies sidéroblastiques sont liées à la consommation de médicaments (traitement prolongé par les antituberculeux, isoniazide et rifampicine, sensibles à la vitamine B6) ou à la prise de toxiques (intoxication au plomb ou zinc, déficit en cuivre) ou d’autres étiologies [5]. Récemment, une forme d’anémie sidéroblastique acquise associée l’insuffisance rénale terminale hémodialysée a été décrite : elle est associée à une hypopyridoxémie et une mutation du gène ALA-S.

    • Le saturnisme est une cause d’anémie sidéroblastique secondaire
      Le saturnisme survient par intoxication alimentaire, domestique ou professionnelle et est associée à l’existence d’une anémie accompagnée d’hématies à ponctuations basophiles (Figure 4) (c’est le 1er signe hématologique de l’intoxication par le plomb). L’anémie est liée à un trouble de la synthèse de l’hème (par blocage enzymatique) et par hémolyse chronique liée au déficit enzymatique induit par le plomb de la pyrimidine 5’ nucléotidase (expliquant la présence des hématies ponctuées). Il existe un syndrome anémique avec de discrets signes d’hémolyse, des douleurs abdominales, une HTA, des douleurs musculaires, une atteinte du SNC ou du SN périphérique, des troubles psychiques, une neuropathie périphérique paralysante, une pigmentation gingivale avec liséré bleu gingival, une tubulopathie. Il existe une élévation des protoporphyries érythrocytaires et de la coproporphyrinurie, une élévation de l’acide δamino-lévulinique. Le diagnostic de certitude est apporté par le dosage de la plombémie (> 150 µg/l), une plomburie spontanée et provoquée. Les traitements sont chélateurs (BAL, EDTA calcique, DMSA).
      Figure 4. Frottis érythrocytaire dans une intoxication au plomb


      Noter les hématies avec ponctuations basophiles

  • b Forme primaire
    Au cours de l’ARSIA, tous les érythroblastes sont sidéroblastes en couronne. La forme acquise et primaire d’anémie sidéroblastique est liée à un syndrome myélodysplasique et dénommée « anémie réfractaire sidéroblastique idiopathique acquise ou ARSIA ».
    Elle fait partie des syndromes myélodysplasiques s’accompagnant d’une atteinte de la cellule souche totipotente.

    • Anémie réfractaire sidéroblastique idiopathique acquise (ARSIA)
      Il s’agit d’un syndrome myélodyplasique : l’anémie réfractaire sidéroblastique idiopathique acquise (ARSIA). Ces formes préleucémiques ou idiopathiques sont plus rarement microcytaires.
      Le défaut de synthèse de l’hème n’est qu’un mécanisme accessoire de l’anémie, expliquant son caractère habituellement macrocytaire.
      Il existe trois formes d’ARSIA :
      • une forme érythrocytaire pure ;
      • une forme érythrocytaire avec thrombocytose ;
      • une forme avec atteinte dysplasique des trois lignées.

L’ARSIA se caractérise par une anémie en règle macrocytaire. Sur le frottis érythrocytaire, il existe fréquemment une double population d’hématies : on voit une population d’hématies normales et une population d’hématies hypochromes, en plus petit nombre. Le myélogramme est riche en érythroblastes et on observe une franche dysérythropoïèse. Ces érythroblastes sont abortifs car ils apparaissent décolorés dans leur phase terminale de maturation. Il existe plus de 15% de sidéroblastes en couronne.

L’ARSIA associée à une dysplasie des trois lignées (dysmyélopoïèse) s’associe à d’autres cytopénies tel un nombre de plaquettes et de polynucléaires neutrophiles diminués : elle a un plus mauvais pronostic s’accompagnant d’une survie plus courte que les formes avec atteinte érythrocytaire pure. De plus, ces formes dysmyélopoïétiques possèdent une incidence augmentée d’anomalies chromosomiques : trisomies des chromosomes 13, 21, 8, 19 ; délétions du bras long des chromosomes 11 (11q14), 20 (20q11q13), 7 (q22) et X (q22). Le risque de transformation leucémique est incontestable dans ces formes avec dysplasie multilignée, surtout s’il existe des anomalies caryotypiques complexes.

Quelques patients avec la forme érythrocytaire d’ARSIA développent simultanément une thrombocytose (incidence de 3 à 35% selon les études), avec importante prolifération mégacaryocytaire et parfois myélofibrose. Il existe un risque thrombogène incontestable dans ces formes à réduire par myélofreination et prévention conventionnelle du risque thrombotique. Le risque de transformation leucémique est faible.

Une hémochromatose se développe spontanément de façon lente. Elle est aggravée par les transfusions itératives. Les facteurs de croissance de type associatif, érythropoïétine et G-CSF, pourraient être utiles dans environ 40% des cas. Un traitement par fortes doses de pyridoxine peut être réalisé.

[1] Les anémies par déficit de synthèse de l’hème sont rencontrées avant tout dans les anémies sidéroblastiques mais aussi dans les porphyries. Les porphyries peuvent être secondaires par intoxication par le plomb ou induites par certains médicaments ou primitives. La porphyrie érythropoïétique congénitale ou maladie de Gunther est due à un déficit en uroporphyrinogène III cosynthétase. Il existe un syndrome anémique, des accidents hémolytiques aigus intermittents, une splénomégalie, une accumulation d’uroporphyrine I et de coproporphyrine I pigment rouge qui colore les urines et donne une coloration rouge des dents. Il existe des manifestations cutanées.

[2] Synthèse de l’hème
La synthèse de l’hème se fait dans les érythroblastes à partir de la glycine et de l’acide succinique. Les prophyrines constituent une série de précurseurs intermédiaires. L’association du fer à la protoporphyrine III sous l’action de l’hème synthétase constitue la molécule d’hème. La pyridoxine ou vitamine B6 constitue le coenzyme de l’ala-synthérase et de l’hème-synthétase. La régulation de la synthèse de l’hème se fait avant tout au niveau de l’ala-synthétase : il s’agit d’une enzyme clé dont l’activité est inhibée par l’acide δ amino-lévulinique (ALA) et l'hème.


[3] Le syndrome de Rogers est une forme d’anémie sidéroblastique héréditaire autosomale associant une anémie macrocytaire à un diabète et une surdité de transmission, une sensibilité au traitement par la thiamine (atteinte génétique du bras long du chromosome 1 en 1q23.3)(mutation d’un gène transporteur de la thiamine : SLC19A2).

[4] Le syndrome de Pearson est une mitochondriopathie primaire produisant une anémie sidéroblastique avec vacuolisation des précurseurs érythroblastiques et parfois autres des précurseurs myéloïdes (dont des mastocytes) (l’existence d’une vacuolisation érythroblastique visible en microscopie optique évoque une pathologie mitochondriale soit primitive soit toxique), associée à une insuffisance pancréatique externe et une acidose lactique. L’anémie est souvent sévère. L’évolution est grave avec apparition en quelques années d’une pathologie neuro-musculaire. Ce syndrome est lié à l’incapacité de la mitochondrie de garder le fer à l’état ferreux Fe++.

[5] Il existe d’autres étiologies d’anémies sidéroblastiques secondaires : alcooliques (alcoolisme aigu), carence en vitamine B6 (coenzyme de l’ala-synthétase et de l’hème-synthétase), les infections chroniques, l’hémolyse chronique des β-thalassémies, des maladies médullaires ou hématologiques avec splénomégalie ou adénopathies, des maladies auto-immunes ou métaboliques ou endocriniennes.




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Réactions à l'article :
  • > Anémie sidéroblastique
    19 mars 2008, par Fabienne
    Référence de cette contribution: http://www.leucemie-espoir.org/spip/article31.html#forum31538
    Bonjour, J’ai lu votre article avec beaucoup d’interet. IL y a 3 ans,le spécialiste (Hopital Clinic de Barcelone)a diagnostiquer a mon mari,une "anémie sideroblastique refractaire a couronnes" pour laquelle il nous a informé qu’il nexistait pas de traitement,ni de guerison.Pas non plus de greffes possible.Par contre la forme la plus bénine.... ! La prescription a été depuis lors dune injection par semaine d’Eritropoyetina "Eprex 40 000 UI". Jamais,je n’avais entendu parlé de cette maladie.J’ai chercher des informations de diffèrentes sources. J’avoue être encore en situation de GRANDS DOUTES, concernant la connaissance et l’évolution de cette maladie. Aujourd’hui les analyses montrent une baisse permamente .Le taux d’hémoglobine est a 8,4 et hematies a 2,50 MIL. On lui a dit récement qu’il fallait commencer les transfusions sanguines.Ayant un taux de ferritinine a 728,et de fer a 220, ce traitement me préocupe pour les consequences qu’il va entrainer. Je souhaiterai,si cela est possible ,obtenir des informations complementaires sur ce type d’anémie et son évolution. Merci a qui peut nous aider.
  • > Anémie sidéroblastique
    17 mars 2008, par isabelle pernet
    Référence de cette contribution: http://www.leucemie-espoir.org/spip/article31.html#forum31470
    Bonjour, Je suis simplement satisfaite apres de nombreuses années sans trouver grand chose en francais sur cette maladie dont mon pere est decede, et que je porte egalement ( anemie sideroblastique hereditaire et hemochrmatose), satisfaite donc de trouver quelques articles interessants....J’ai hate de lire les messages du forum... Merci donc !
    • > Anémie sidéroblastique
      19 mars 2008, par Fabienne
      Référence de cette contribution: http://www.leucemie-espoir.org/spip/article31.html#forum31540
      Bonjour, Je viens de lire votre message laissé sur le site. Je suis dans une situation que malheureusement vous connaissez. Pourriez vous me dire quel traitement votre père avait. Si vous regardez mon message sur ce même site,je resume la situation dans laquelle nous vivons mon mari et moi depuis que nous avons été informé du diagnostique de sa maladie. Je recherche des infos et peut-être pouvez vous m’aider.Nous habitons en Espagne et ici je n’obtiens que très peu de renseignements Bon courage. Bien cordialement Fabienne
      • > Anémie sidéroblastique
        26 avril 2008, par isabelle pernet
        Référence de cette contribution: http://www.leucemie-espoir.org/spip/article31.html#forum33207
        Bonjour, Malheureusement, mon père est décédé à 62 ans des suites de l’anemie sideroblastique hereditaire, sans avoir eu de traitement, d’abord parce que sa maladie n’a été reconnue par le Pr qui le suivait que lorsqu’il m’a vue portant cette meme maladie, ensuite parce que les traitements à ma connaissance sont essentiellement des traitements incertains visant à freiner un peu l’evolution mais pas à "guerir" la maladie. Elle a été confondue dans le cas de mon père avec un mode de vie malsain (alcool, etc). Le développement d’une hémochromatose a été la conséquence, si j’ai bien compris, de l’ash. Et les consequences ont été celles de l’hemochromatose, sur laquelle on trouve maintenant moult renseignements.
      • > Anémie sidéroblastique
        26 avril 2008, par isabelle pernet
        Référence de cette contribution: http://www.leucemie-espoir.org/spip/article31.html#forum33208
        Je vis actuellement avec un taux de fer avoisinant 500, un tx d’hg entre 8,3 et 8,5. J’ai mis quelques années à m’habituer ( surtout les années ou le taux baisse, les paliers sont difficiles à supporter). J’ai 43 ans, 3 enfants, dont deux de 5 et 7 ans. Actuellemnt je vends mon entreprise dont je ne peux plus m’occuper, mais ma santé est globalement bonne, considérant la fatigue que j’ai mais que je controle de mieux en mieux. L’epo m’a ete proposée dans les moments ou la fatigue me paraissait insupportable. Mais j’ai tenu. J’ai eu quelques traitements au chelateur de fer pour faire baisser le fer qui est stable maintenant. Je suis prete a entrer en contact avec vous si vous le souhaitez...Bon courage !
  • > Anémie sidéroblastique
    23 novembre 2007, par aazzaa
    Référence de cette contribution: http://www.leucemie-espoir.org/spip/article31.html#forum26213
    existe-il un medicament de la maladie Anémie sidéroblastique