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Publié le : 9 août 2005
Auteur :

Pr Christian Berthou


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Hyperlymphocytose


NOUVEAU:MISE À JOUR 2008 DISPONIBLE EN PDF
La version lisible sur cette page date de 2005 et reste, en dehors de quelques modifications, d'actualité. Toutefois, si vous souhaitez accéder à la version la plus récente, vous pouvez télécharger le PDF (427Ko)


I Définition

Une hyperlymphocytose est définie par une augmentation du nombre circulant des lymphocytes au-dessus de 4 Giga/l.

Tableau I. Les sous-populations lymphocytaires en fonction de l’âge


Chez l’enfant de moins de 6 ans, une hyperlymphocytose est définie par un nombre absolu de lymphocytes > 8 Giga/l (du fait de la lymphocytose physiologique de l’enfant jusqu’à l’âge de 5-6 ans).

La population lymphoïde est constituée de sous-populations lymphocytaires T, CD4+, CD8+, B et NK (pour « Natural Killer ») dont l’évolution est également dépendante de l’âge comme ceci est indiqué dans le tableau I ci-dessus.


II Rôle des lymphocytes

On retrouve les lymphocytes dans la moelle osseuse, le sang, les organes lymphoïdes (rate, ganglion, thymus, organe lymphoïde tissulaire).

-  A Morphologie des lymphocytes sanguins


-  B Rôle des lymphocytes

Du point de vue fonctionnel, il existe 3 sous-populations lymphocytaires :

    • les lymphocytes B : production d’anticorps après une activation ;
    • les lymphocytes NK (« natural killer ») : cytotoxicité et production de cytokines.
    • les lymphocytes T : fonction auxiliaire, cytotoxique, suppresseur (régulation négative de l’inflammation).

-  C Physiologie lymphocytaire

  • a Les lymphocytes B
    Les lymphocytes B constituent 10 à 20% des lymphocytes du sang circulant. Ils sont facilement identifiables grâce à la présence sur leur membrane de molécules d’immunoglobulines (Ig) qu’ils synthétisent et expriment dès le début de leur différenciation. Celle-ci est en effet associée à l’expression de différents récepteurs de surface.
    Le lymphocyte B évolue par 2 étapes :
    • la première est une étape de différenciation qui se situe dans la moelle osseuse en dehors de tout contact antigénique : elle concerne le passage de la cellule souche lymphoïde au lymphocytes B immature. Elle permet l’expression membranaire du récepteur pour l’antigène (BCR pour « B-cell receptor), récepteurs de type IgM et IgD de membrane qui peut alors migrer vers les organes lymphoïdes périphériques. En cas de réarrangement génique non fonctionnel ou la formation de lymphocytes B à forte affinité pour des auto-antigènes, le lymphocyte B est éliminé.
    • la seconde étape est une étape de maturation dans les organes lymphoïdes périphériques et dépend de l’activation par un antigène reconnu. Les lymphocytes B sont responsables de la formation de follicules lymphoïdes où ils sont en contact avec les cellules dendritiques folliculaires, cellules professionnelles de la présentation de l’antigène. Un lymphocyte B sélectionné pour son affinité pour l’antigène migrera dans le centre germinatif du follicule où il subira prolifération et nouvelle sélection. Les lymphocytes B non sélectionnés se mettent en apoptose et sont phagocytés par des macrophages (ils deviennent des macrophages à corps tingibles). La maturation du lymphocyte B sous l’induction de l’antigène aboutit à la sélection du lymphocyte B qui a la meilleure affinité pour l’antigène puis la maturation en plasmocyte sécréteur de l’Ig (phénomène de commutation isotypique) et la formation de lymphocytes B mémoire.

Les lymphocytes B ont des récepteurs pour le fragment Fc des Ig, pour le complément (fractions C1q et C3), pour les interleukines (IL-2, IL-4, IL-6 ; l’IL-2 participe à la maturation des lymphocytes B, l’IL-4 est un facteur de croissance et l’IL-6 un facteur de différenciation), pour la transferrine.
La réponse humorale B est de deux types :

    • antigène T indépendant (antigènes polysaccharidiques ou lipopolysaccharidiques) ;
    • antigène T dépendant où existe une coopération entre les lymphocytes B, les macrophages et les lymphocytes T CD4+, en présence d’une histocompatibilité HLA de classe II (restriction allogénique). La réponse primaire est de type IgM, la réponse secondaire de type IgG.

  • b Les lymphocytes NK
    Les lymphocytes NK sont des lymphocytes ni B ni T qui représentent 5-15% des lymphocytes du sang périphérique. Ce sont des lymphocytes de grande taille qui expriment des granules intracytoplasmiques et sont ainsi souvent appelés des grands lymphocytes granuleux. Ils dérivent d’un précurseur médullaire CD34+ commun avec les lymphocytes T. Ils ne connaissent pas de maturation thymique, ils n’expriment pas les récepteurs membranaires pour l’antigène. Par contre, ils expriment des récepteurs de faible affinité pour le fragment Fc des Ig, la molécule CD16 et la molécule NCAM (CD56), isoforme d’une molécule neuronale. Ils sont donc CD3-, sIg-, CD16+, CD56+. Les lymphocytes NK présentent des propriétés cytotoxiques caractéristiques grâce à deux molécules de lyse cellulaire contenues dans les granules intracytoplamiques (la perforine et le granzyme B).
    Les lymphocytes NK sont doués de cytotoxicité de deux types :
    • l’ADCC (« antibody-dependent-cytotoxicity »), réponse anticorps dépendante. Elle permet aux lymphocytes NK de lyser des cibles recouvertes d’anticorps. Le récepteur activateur est la molécule CD16.
    • Une cytotoxicité directe naturelle lui permettant de lyser sans immunisation préalable des cellules tumorales, des cellules infectées par des virus ou des cellules alllogéniques. La reconnaissance par les cellules NK de molécules du CMH de classe I exprimées par les cellules potentiellement cibles confère une protection contre la lyse NK, via l’activation de récepteurs inhibiteurs sur la cellule NK (récepteurs KIR pour) « killer inhibitory receptors ». Les cellules NK sont activées par l’interféron α, γ et l’IL-2.


  • c Les lymphocytes T
    Les lymphocytes T présentent une différenciation contrôlée par le thymus (lymphocytes thymo-dépendants ou T). La différenciation thymique est marquée par le réarrangement des gènes codant pour les chaînes des récepteurs T et l’expression membranaire d’un récepteur de membrane à l’antigène, le TCR (pour « T-cell receptor »). Les 3 stades de différenciation sont donnés dans le tableau ci-dessous.
    Il existe dans le thymus une sélection positive (seuls survivent les thymocytes dont le récepteur T peut reconnaître les peptides présentés par les molécules du CMH du soi) et une sélection négative (les thymocytes dont le récepteur est de forte affinité pour les molécules du soi [lymphocytes T auto-réactifs de forte affinité] sont éliminés par apoptose, de même que les thymocytes qui produisant un récepteur T non fonctionnel).
    Le récepteur T pour l’antigène se décompose en deux structures fonctionnelles : un hétérodimère αβ ou γδ dont la fonction est de reconnaître l’antigène à la surface de la cellule présentatrice d’antigène en association avec une molécule d’histocompatibilité ; et un complexe multiprotéique dénommé CD3 dont la fonction est de transmettre le signal intracellulaire d’activation du lymphocyte T.


La molécule CD4 est exprimée sur les lymphocytes T dits helper, la molécule CD8 sur les lymphocytes T cytotoxiques et suppresseurs. La présence de la molécule CD4 ou CD8 augmente la sensibilité du lymphocyte T à l’antigène (augmentation de la sensibilité d’environ 100 fois) présenté par les molécules de classe II (lymphocyte CD4) ou de classe I (lymphocyte CD8) (c’est-à-dire que ces molécules diminuent de 100 fois la dose d’antigène nécessaire à l’activation du lymphocyte T). Les lymphocytes CD4 interviennent dans la régulation de l’immunité humorale où ils sont indispensables dans la réponse B vis-à-vis d’antigènes T dépendants, et dans la réponse cellulaire par la sécrétion de cytokines (lymphocytes CD4+ Th1 et sécrétion de l’IL-2 et l’IFN-γ ; lymphocytes CD4+ Th2 et sécrétion d’IL-4, IL-6, IL-10, IL-13 et IL-15).
Les lymphocytes cytotoxiques T CD8+ sont restreints par le CMH, l’action du lymphocyte T CD8+ ne pouvant se faire que lorsque un antigène est présenté par les molécules de classe I. Les lymphocytes T jouent un rôle dans la défense anti-infectieuse et les rejets de greffe par coopération avec les lymphocytes B, par sécrétion de lymphokines et par action cytotoxique.


III Circonstances de découverte d’une hyperlymphocytose

Les circonstances de découverte d’une hyperlymphocytose sont :

  • une altération de l’état général avec asthénie, voire signes cliniques d’activité évolutive avec fièvre et/ou sueurs nocturnes.
  • des manifestations d’intumescence lymphoïde : il s’agit d’une polyadénopathie superficielle ou d’adénopathies profondes, une splénomégalie, une atteinte amygdalienne, voire des signes cliniques en rapport avec une atteinte lymphoïde viscérale (rénale, protéinurie et syndrome néphrotique, pulmonaire ou pleurale, cutanée papuleuse et infiltrée, osseuse, méningée).
  • des signes d’insuffisance médullaire plus ou moins associés, expliqués par l’atteinte lymphoïde médullaire (syndrome anémique, hémorragique ou tableau infectieux associé à une neutropénie sévère). A noter qu’au cours d’une hémopathie lymphoïde, une cytopénie peut être d’origine immunologique auto-immune (anémie hémolytique auto-immune ou thrombopénie ou neutropénie immunologique).


IV Diagnostic positif

Le diagnostic positif repose sur la réalisation d’un hémogramme prescrit devant l’existence d’une polyadénopathie ou de signes cliniques d’insuffisance médullaire voire demandé en situation pré-opératoire ou à l’occasion d’un examen systématique.

L’hémogramme révèle une hyperlymphocytose absolue > 4 Giga/l.

Il existe chez l’enfant < 5-6 ans une lymphocytose physiologique (tableau I).


V Diagnostic de gravité

Les hyperlymphocytoses matures n’entraînent en général pas de syndrome d’hyperviscosité et de leucostase tant que le taux de globules blancs est < 500 Giga/l. Elles peuvent constituer un état favorisant des thromboses veineuses au-dessus de ce taux. Elles peuvent générer une insuffisance médullaire en cas d’infiltration massive de la moelle osseuse.


VI Diagnostic étiologique

Il se base sur :

  • l’examen clinique ;
  • l’analyse de la morphologie lymphocytaire ;
  • l’immunophénotypage des cellules lymphoïdes circulantes ;
  • le myélogramme, voire la biopsie ostéomédullaire.

-  A Examen clinique

Il explore les circonstances de découverte de l’hyperlymphocytose : apparition aiguë ou caractère chronique de la polyadénopathie ; existence de signes généraux associés ; existence associée d’une modification de volume de la rate.

-  B L’analyse rigoureuse de l’hémogramme

L’analyse morphologique lymphocytaire est fondamentale dans le démarche étiologique des hyperlymphocytoses. Il est absolument nécessaire que cette description de la morphologie lymphocytaire dépende de l’œil du cytologiste hématologique. Elle est réalisée au laboratoire par l’étalement d’une goutte de sang sur une lame de verre et coloration au May-Grünwald-Giemsa. Elle analyse la taille lymphocytaire, la coloration et la taille du cytoplasme lymphocytaire, l’existence de grains cytoplasmiques, le rapport nucléo-cytoplasmique, la régularité de la membrane nucléaire, la structure de la chromatine, l’existence ou non de nucléoles. Il faut rechercher des signes d’insuffisance médullaire associée.

-  C Immunophénotypage des cellules lymphoïdes

Il est également un élément fondamental du diagnostic étiologique de l’hyperlymphocytose. Il s’agit de déterminer les antigènes de membrane ou parfois intracytoplasmique spécifique de lignée et/ou de différenciation ou de maturation cellulaire lymphoïde. Après prélèvement sanguin sur EDTA, les cellules mononuclées du sang sont isolées sur gradient de densité. Les cellules isolées sont incubées avec un anticorps spécifique révélé soit parce qu’il est directement couplé à un fluorescent (FITC de couleur verte ; phyco-érythrine de couleur orangée) ou indirectement en ajoutant une antiglobuline fluorescente. La lecture se fait le plus souvent grâce à un cytofluoromètre plus rarement en immunofluorescence sur lame.

Selon le type d’anticorps utilisé, on met en évidence :

  • des cellules lymphoïdes T (CD2, CD5, CD7, CD3, CD4, CD8) ;
  • des cellules lymphoïdes B (CD19, CD20, immunoglobuline de surface ou intracytoplasmique, HLA-DR). Une prolifération monoclonale B n’exprimera qu’un seul isotype de chaîne légère à la surface cellulaire (présence majoritaire ou exclusive d’une chaîne kappa ou lambda).
  • des cellules NK (CD16, CD56, CD57) ;
  • des marqueurs d’activation cellulaire lymphoïde (CD25 ou récepteur de l’interleukine-2 ou CD38).

-  D Explorations médullaires

  • a Myélogramme
    Il doit appréhender la richesse globale médullaire, préciser l’importance de l’infiltration lymphoïde médullaire (sur un myélogramme normal des cellules de la lignée lymphoïde peuvent être présentes : lymphocytes < 10 % ; plasmocytes < 5%), préciser la morphologie des cellules lymphoïdes infiltrantes, documenter l’existence ou non d’une hypoplasie des lignées myéloïdes normales.

  • b Biopsie ostéo-médullaire
    Le recours à la biopsie ostéo-médullaire est souvent nécessaire afin d’apprécier la richesse globale de la moelle osseuse et le niveau réel en éléments lymphoïdes (l’infiltration lymphoïde peut être hétérogène, nodulaire ou diffuse) et réaliser une coloration de la réticuline pour connaître l’état du réseau de soutien de la moelle osseuse.

-  E Autres examens complémentaires

D’autres examens complémentaires peuvent être important pour définir le type de la prolifération lymphoïde : il s’agit du caryotype [1], de la recherche de translocations en biologie moléculaire [2], de l’étude du réarrangement des gènes des immunoglobulines (Ig) ou du récepteur T (TCR) [3], de l’étude en PCR de l’activation d’un gène anti-apoptique (bcl2) ou de régulation du cycle cellulaire (bcl1 ou cycline D1).

Devant une hyperlymphocytose, la démarche du diagnostic étiologique se base sur :

  1. l’analyse morphologique des cellules lymphoïdes circulantes et médullaires ;
  2. l’immunophénotypage des cellules lymphoïdes pathologiques ;
  3. parfois l’étude cytogénétique et / ou en biologie moléculaire.



Profil immunophénotypique des hémopathies lymphoïdes B avec hyperlymphocytose




LES ÉTIOLOGIES DES HYPERLYMPHOCYTOSES B EN DEHORS DE LA LLC-B



HÉMOPATHIES LYMPHOÏDES B CD5+


Le lymphome du manteau



a Définition

Le lymphome du manteau (anciennement dénommé dans la littérature américaine lymphome lymphocytique à différenciation intermédiaire ou lymphome diffus à petites cellules clivées) est hémopathie lymphoïde prenant naissance dans la zone du manteau du follicule lymphoïde. Elle dérive d’une sous population de cellules B naïves du manteau folliculaire (CD5+). La prolifération lymphoïde est diffuse, il représente 25% des lymphomes non folliculaires et moins de 10% des lymphomes non hodgkiniens.

Il s’agit d’une hémopathie lymphoïde à lymphocytes B CD5+ mais à la différence de la LLC, les lymphocytes B néoplasiques n’expriment pas la molécule CD23 et ils surexpriment la cycline D1 du fait de l’existence d’un e translocation t(1 ;14).

Les formes leucémiques hyperlymphocytaires parfois d’emblée révélatrices représentent 20% des cas.


b Présentation clinique

Le lymphome du manteau s’observe avec un pic de fréquence entre 60-65 ans, avec une légère prédominance masculine.

-  1 Polyadénopathie, splénomégalie

Au diagnostic, la polyadénopathie généralisée est la plus fréquente et s’observe dans 2 cas sur 3. Une splénomégalie est décelée dans 55% des cas et une hépatomégalie dans 35% des cas. Il peut exister des adénopathies des aires ganglionnaires profondes plus souvent abdominales que médiastinales.
L’existence d’une polyadénopathie impose la réalisation d’un hémogramme.

-  2 Altération de l’état général

Des signes généraux bruyants sont fréquemment observés.

-  3 Atteinte digestive

Dans 1O% des patients, une atteinte digestive peut être révélatrice. L’atteinte du tractus gastro-intestinal est présente dans 25% des cas réalisant la polypose lymphomateuse multiple.

-  4 Formes leucémiques

Elles peuvent entraîner une ou plusieurs cytopénies. Elles sont parfois asymptomatiques découverte à l’occasion d’un hémogramme montrant une hyperlymphocytose.
L’hyperlymphocytose au diagnostic se voit dans 10% des cas. Une atteinte médullaire est retrouvée dans 80% des cas.


c Diagnostic positif





HÉMOPATHIES LYMPHOÏDES B, GÉNÉRALEMENT B CD5-


Le lymphome des zones marginales



a Définition

Les lymphomes des cellules de la zone marginale des follicules représentent un groupe hétérogène de lymphomes avec trois entités selon la localisation primitive de la prolifération lymphoïde B.

Il s’agit :

  • de lymphomes extra-ganglionnaires les plus fréquents correspondant aux lymphomes malins du tissu lymphoïde associé aux muqueuses (MALT). Ils s’accompagnent rarement d’une dissémination sanguine. Il préexiste souvent une maladie inflammatoire touchant le tissu épithélial glandulaire (par exemple gastrite à Hélicobacter pylori ou maladie de Gougerot Sjögren).
  • les lymphomes ganglionnaires : les lymphomes de la zone marginale ganglionnaire ou lymphomes monocytoïdes sont rares et s’accompagnent souvent d’une localisation viscérale.
  • les lymphomes spléniques. Les lymphomes de la zone marginale de la rate avec ou sans lymphocytes villeux donnent souvent des envahissements sanguins, sont associés à une hyperlymphocytose et sont responsables d’une atteinte médullaire pseudo nodulaire.

-  Lymphome B de la zone marginale de la rate

Histologiquement, l’infiltration cellulaire lymphoïde se trouve dans le manteau de la pulpe rouge et la zone marginale de la pulpe blanche. La moelle osseuse est fréquemment envahie. C’est une maladie de l’adulte mûr à prédominance masculine.

On distingue :

  • les lymphomes marginaux non villeux ;
  • les lymphomes marginaux villeux.

-  Lymphomes spléniques de la zone marginale non villeux

  • a Présentation clinique
    • 1 Splénomégalie
      Elle est découverte à l’occasion d’un examen clinique systématique, rarement de signes généraux ou de signes fonctionnels en rapport avec la splénomégalie (symptomatologie fonctionnelle de l’hypocondre gauche :
      • à type de douleurs (recherche un infarctus splénique) ou de pesanteur de l’hypocondre ;
      • ou d’une symptomatologie de compression gastrique à type de dyspepsie ou de sensation de plénitude gastrique souvent post-prandiale.

La rate est de volume souvent modéré ou volumineux, sans adénopathie (splénomégalie isolée). La rate peut être de volume normal. Il faut tenir compte du volume splénique dans l’interprétation de la ou des cytopénies observées à l’hémogramme.

    • 2 Hyperlymphocytose asymptomatique ou non
      Il peut exister une ou plusieurs cytopénies. Elles sont parfois asymptomatiques et découvertes à l’occasion d’un hémogramme montrant une hyperlymphocytose associée.

  • b Diagnostic positif



-  Lymphomes spléniques de la zone marginale à lymphocytes villeux

Les lymphomes spléniques à lymphocytes villeux (« Splenic lymphomas with villous lymphocytes ou SLVL des auteurs anglo-saxons) s’observe chez le sujet d’âge médian 68 ans, avec une discrète prédominance masculine, associe une splénomégalie volumineuse, parfois un hypersplénisme, une hyperlymphocytose (médiane de leucocytes à 18 Giga/l) à lymphocytes villeux dont le cytoplasme émet de fines villosités assez courtes inégalement réparties autour de la cellule, une dysglobulinémie monoclonale de type IgM dans 20% des cas.

  • a Présentation clinique

    • 1 Splénomégalie
      Elle est découverte à l’occasion d’un examen clinique systématique, rarement de signes généraux ou de signes fonctionnels en rapport avec la splénomégalie. Il s’agit d’une splénomégalie isolée sans adénopathie superficielle ni hépatomégalie.
    • 2 Auto immunité
      Des manifestations auto-immunes de type anémie hémolytique auto-immune peut y être associée.

  • b Diagnostic positif


HÉMOPATHIES LYMPHOÏDES B CD5-


Lymphome centrofolliculaire



a Définition

Le lymphome centro-folliculaire dérive des cellules issues des follicules secondaires et plus précisément des centres germinatifs après avoir subi des mutations somatiques à la suite de leur rencontre avec l’antigène. Ces cellules gardent les propriétés des cellules dont elles dérivent c’est-à-dire des centrocytes (petites cellules clivées au cytoplasme peu visible) et des centroblastes (grandes cellules non clivées au cytoplasme basophile en couronne).


b Présentation clinique

Le lymphome centrofolliculaire s’observe à un âge médian de 54 ans, avec une légère prédominance masculine.

-  1 Polyadénopathie, splénomégalie

Le lymphome centrofolliculaire se révèle le plus souvent par une polyadénopathie superficielle ou des adénopathies profondes. Elle peut être associée à une splénomégalie et une hépatomégalie. L’existence d’une polyadénopathie impose la réalisation d’un hémogramme.

-  2 Altération de l’état général

L’état général est le plus souvent conservé. Des symptômes B existent dans 18% des cas. Leur présence doit faire recherche un foyer de transformation en lymphome agressif.

-  3 Formes leucémiques

Une présentation leucémique du lymphome centrofolliculaire est observée dans 10% des cas. Il peut exister une ou plusieurs cytopénies en rapport avec une atteinte médullaire du lymphome qui est observée dans 63% des cas.


c Diagnostic positif






Leucémie à tricholeucocytes



a Définition

C’est une prolifération chronique de lymphocytes B au niveau médullaire et splénique. Il s’agit d’une hémopathie lymphoïde rare (3% des leucémies). Le tableau clinique est dominé par le risque infectieux. Son évolution a été radicalement modifié par les analogues des purines : pentostatine (déoxycoformycine) et claridine (2 CDA).
Elle touche surtout le sujet après 50 ans, préfenrentiellement les sujets masculins entre 50 et 55 ans.


b Présentation clinique

-  1 Syndrome d’insuffisance médullaire

La leucémie à tricholeucocytes est souvent révélée par un syndrome d’insuffisance médullaire liée à une pancytopénie et essentiellement une monocytopénie. Un syndrome infections d’origine granulocytaire y est lié et entraînant des infections bactériennes ou à germes intracellulaires. Il s’agit d’infections à gram+ ou gram-, à mycobactéries typiques ou atypiques, à légionnelles ou à levures dont l’aspergillose.

-  2 Splénomégalie

Elle existe dans la majorité des cas au diagnostic (75% des cas). Elle est de volume souvent modérée ou volumineuse, isolée car non accompagnée d’adénomégalie. La rate peut être de volume normal.

-  3 Vascularites

Il peut exister des vascularites avec purpura et arthralgies, associées ou non à une hypergammaglobulinémie et/ou une cryoglobulinémie. Elles doivent faire rechercher une infection à mycobactéries.


c Diagnostic positif

Cytologie
Noyau rond, ovalaire ou réniforme avec un cytoplasme aux contours mal définis avec des projections cytoplasmiques fines (aspect "chevelu").

Tricholeucocytes sanguins (A) et médullaires (B)




La leucémie à prolymphocytes B
ou prolymphocytaire B de Galton


Il s’agit d’une entité très rare à prédominance masculine. Sur le plan clinique, il s’agit d’une forme agressive de mauvais pronostic, associant une forte leucocytose évolutive et l’existence d’une splénomégalie isolée sans adénopathie superficielle. Elle est caractérisée par une hyperlymphocytose plus importante que dans les LLC. L’anémie et la thrombopénie sont variables. Sur le frottis sanguin, les prolymphocytes prédominent (> 55%) : il s’agit de cellules de grande taille au noyau arrondi avec un rapport N/C plus bas qu’un lymphocyte normal. La chromatine nucléaire est assez dense et possède un volumineux nucléole. Le myélogramme est massivement infiltré par les mêmes cellules. Il n’existe pas de phénotype typique : l’immunoglobuline de surface est de forte densité (caractère toujours retrouvé), les marqueurs B sont positifs CD19, CD20, CD22, CD24 et FMC7, les marqueurs CD5, CD23, CD79b sont d’expression variable.
Elle est soit primitive soit secondaire dans l’évolution d’une LLC.



Lymphocytose polyclonale avec lymphocytes sanguins binuclés


La lymphocytose avec présence de lymphocytes binucléés et associée à une augmentation polyclonale des immunoglobulines sériques de type IgM a été décrite en 1982 par Gordon. Le rôle potentiel du tabac a été d’emblée évoqué.

Ce tableau est observé chez des femmes jeunes (40 ans) et le plus souvent fumeuses. Le tableau clinique est assez stéréotypé : une splénomégalie peut être retrouvée dans 50% des cas et elle est isolée. L’hémogramme montre une hyperlymphocytose absolue et modérée entre 4 et 10 Giga/L.

Il n’existe pas de thrombopénie, mais une anémie modérée peut être présente (jamais inférieure à 10 G/dl). Tous les patients présentent une augmentation polyclonale des IgM, sans déficit immunitaire apparent. La présence de lymphocytes binucléés affirme le diagnostic. Cette lymphocytose est stable dans le temps et se fait aux dépens des lymphocytes B.

Il semble exister une prédisposition génétique et l’expression de HLA-DR7 est retrouvée dans près de 90% des cas (sa fréquence dans la population caucasienne est de 22%) (une autre maladie associée à HLA-DR7 est la maladie coeliaque qui n’est jamais retrouvée chez les patients avec lymphocytose binucléé). Des études cytogénétiques retrouvent un isochromosome 3. Dans la majorité des cas, l’affection est polyclonale.



LEUCÉMIE LYMPHOÏDECHRONIQUEÀLYMPHOCYTES T (LLC-T OU PROLIFÉRATION À LGL)



I Définition

Les grands lymphocytes à grains (LGL pour « large granular lymphocytes » des anglo-saxons) représentent chez le sujet normal 10-15% des lymphocytes circulants soit 0,22± 0,04 Giga/L. Ils sont classés en deux catégories cellulaires :

  • les LGL CD3- dits lymphocytes « natural killer » ou NK qui sont responsables d’une cytotoxicité dépendante de la balance des récepteurs activateurs dits KAR et inhibiteurs dits KIR (voir chapitre de la physiologie lymphocytaire) et dont l’activation dépend pour certains de ces récepteurs de l’absence d’expression de molécules du complexe majeur d’histocompatibilité sur une cellule cible ;
  • les LGL CD3+ qui sont des lymphocytes T cytotoxiques activées via la voie du récepteur T.

Dans la majorité des cas, les expansions à LGL sont éphémères (< 2-3 mois) réactionnelles à une infection virale. Cependant il, existe des situations où ces lymphocytes vont persister pendant plus de 6 mois et présenter un caractère clonal. Il s’agit de syndromes lymphoprolifératifs à LGL, souvent accompagnés de neutropénie. Le diagnostic implique une augmentation du pourcentage des LGL à la formule sanguine (> 25% des leucocytes) ou un chiffre absolu des LGL > 1 giga/L et la persistance de cette lymphocytose à LGL pendant plus de 6 mois.

La leucémie à LGL est une prolifération monoclonale de LGL envahissant la moelle osseuse, la rate et le foie. C’est une maladie de l’adulte, apparaissant après 50 ans, touchant de façon égale l’homme et la femme, d’évolution chronique pouvant rester asymptomatique pendant plusieurs années. La médiane de survie est de 10 ans.

La leucémogénèse LGL comporterait 3 étapes :

  • une 1ere étape d’intégration d’un rétrovirus HTLVI/II like ;
  • une 2eme étape d’expansion clonale des cellules LGL, favorisée par les interleukines 12 et 15 ;
  • une 3eme étape de résistance à l’apoptose autorisant la survie indéfinie du clone tumoral.

Une libération de la molécule Fas ligand soluble par le clone serait responsables de la neutropénie fréquemment observée, via l’activation de la molécule de mort cellulaire Fas sur les PNN.


II Présentations cliniques

On distingue les proliférations à LGL du sous-type CD3+ et du sous type NK/CD3-.


PROLIFÉRATION À LGL DU SOUS-TYPE CD3+


Leucémies LGL T CD3+


Elles représentent 85% des proliférations à LGL. La médiane d’âge est de 60 ans (10% des patients ont moins de 40 ans) et le sex ratio 1 :1. L’infiltration lymphocytaire touche la moelle osseuse, la rate et le foie.


Présentation clinique

Un tiers des patients sont asymptomatiques au diagnostic. Les principaux symptômes sont en rapport avec une neutropénie chronique ou une altération de l’état général.

-  1 Altération de l’état général

Les symptômes B (sueurs nocturnes, fièvre spécifique et perte de poids) sont observés dans 20% des cas.

-  2 Syndrome infectieux d’origine granulocytaire

Il existe une fièvre secondaire à des infections bactériennes récurrentes. Ces infections bactériennes touchent de façon préférentielle la sphère ORL, la peau, la région périnéale ou des organes profonds notamment le poumon.

-  3 Organomégalies

Il existe une splénomégalie dans 30-50% des cas, une hépatomégalie dans 20% des cas. Une polyadénopathie est exceptionnelle. Il existe d’exceptionnelles localisées viscérales (pulmonaires...).

Signes cliniques dans les leucémies LGL T CD3+


-  4 Auto-immunité

La particularité du syndrome lymphoprolifératif LGL T CD3+ est d’être associée dans près de 40% des cas à des manifestations auto-immunes.
La principale association est la polyarthrite rhumatoïde, survenant des 25% des cas. Les manifestations articulaires sont les mêmes et il existe un marqueur HLA DR4 dans 85% des cas (30% dans la population générale). Dans certains cas, la prolifération lymphocytaire précède les manifestations articulaires alors que dans d’autres il existe une découverte simultanée ou la prolifération à LGL peut suivre la découverte de la PR quelques années plus tard.
D’autres maladies auto-immunes peuvent s’associer aux leucémies à LGL comme le syndrome de Gougerot-Sjogren, le lupus érythémateux systémique, les endocrinopathies telles la thyroïdite de Hashimoto et la maladie de Basedow, et les uvéites récurrentes. Des cytopénies auto-immunes sont fréquemment associées.

  • Manifestations auto-immunes dans les leucémies LGL CD3+
    • Connectivites
      • Polyarthrite rhumatoïde ;
      • Lupus érythémateux systémique ;
      • Syndrome de Gougerot-Sjogren
    • Cytopénies auto-immunes
      • Erythroblastopénie ;
      • Anémie hémolytique auto-immune ;
      • Purpura thrombopénique amégacaryocytaire ;
      • Purpura thrombopénique immunologique ou idiopathique ;
      • Neutropénie cyclique de l’adulte.
    • Endocrinopathies
      • Polyendocrinopathie auto-immune de type I ;ù
      • Thyroïdite de Hashimoto ;
      • Maladie de Basedow ;
      • Syndrome de Cushing et hyperparathyroïdie.
    • Uvéites récurrentes

Les leucémies à LGL T peuvent être également associées à d’autre affections hématologiques myéloïdes ou lymphoïdes. Des syndromes lymphoprolifératifs B tels le myélome multiple, les lymphomes malins non hodgkiniens et des gammapathies monoclonales bénignes ont été rapportées associées à une prolifération à LGL. De même, la coexistence avec un syndrome myélodysplasique ou certaines tumeurs solides ont été rapportées.


Diagnostic positif

Le diagnostic positif se pose sur :

  • l’hémogramme ;
  • l’analyse de la morphologie lymphocytaire ;
  • l’immunophénotypage des cellules lymphoïdes sanguines et médullaires ;
  • le myélogramme.

-  1 Hémogramme

  • Lignée lymphocytaire
    Le compte normal de LGL circulants est de 0,2 à 0,4 Giga/L. Au cours des leucémies à LGL, la plupart des patients ont un taux de LGL > 2 Giga/l alors que la lymphocytose circulante est en général modérée de l’ordre de 8 Giga/l.

Modifiactions de l’hémogramme dans les leucémies à LGL T CD3+


  • Lignée granulocytaire
    La plupart des malades sont neutropéniques au diagnostic.
    Il n’y a pas de parallélisme entre la profondeur de la neutropénie et l’envahissement médullaire. Un arrêt de la maturation myéloïde au stade de myélocyte est observé. Il pourrait exister un effet inhibiteur de la population lymphoïde LGL sur les progéniteurs granulo-monocytaires CFU-GM. Il existe probablement un effet immunologique inhibiteur expliquant dans certains cas l’efficacité de la cyclosporine sur la réparation de la neutropénie. Il pourrait aussi exister une sécrétion accrue de Fas ligand soluble responsable de l’apoptose des PNN.

  • Lignée érythrocytaire
    Une anémie chronique est observée dans 50% des cas. Il s’agit rarement d’une anémie hémolytique à test de Coombs positif. Il existe par contre des cas d’érythroblastopénies au cours des leucémies à LGL liée à une inhibition des BFU-E ou CFU-E. Certaines cytokines comme le TNF-α ou l’interféron-γ sécrétées par les cellules leucémiques LGL pourraient constituer un facteur d’inhibition des BFU-E. Il existe un besoin transfusionnel dans 20% des cas.

  • Lignée plaquettaire
    La thrombopénie est plus rare soit de mécanisme central (purpura amégacaryocytaire) ou périphérique immunologique. La thrombopénie est en général modérée.

-  2 Morphologie lymphocytaire

Le diagnostic de leucémie T LGL est suspecté devant la présence persistante pendant plus de 6 mois d’un excès de lymphocytes ayant les caractéristiques morphologiques de grands lymphocytes à grains. Ces cellules sont facilement identifiables par leur morphologie et leur immunophénotype. Il s’agit de grandes cellules en règle de 15-18 µ de diamètre ayant un grand cytoplasme contenant des granulations azurophiles et un noyau à large nucléole. Parfois, l’aspect cytologique n’est pas habituel avec la perte des granulations cytoplasmiques et le diagnostic sera corrigé par l’étude immunophénotypique.

-  3 Immunophénotype des LGL T CD3+

Il s’agit d’un phénotype T mature avec un certain degré d’hétérogénéité. L’immunophénotype le plus commun est CD3+/TCRαβ+/CD4-/CD8+ /CD16+ /CD57+. L’antigène CD56 est plus rarement exprimé et le phénotype CD3+CD56+ conférerait un plus mauvais pronostic. Quelques uns expriment l’antigène CD4 avec ou sans coexpression de CD8. Il a été rapporté une double négativité CD4-CD8- et un phénotype Tγδ.

L’étude du réarrangement du TCR confirme leur caractère clonal et son analyse est essentielle pour différencier les leucémies LGL T CD3+ des proliférations à LGL réactionnelles. La sensibilité de l’étude du réarrangement augmente par l’étude en PCR.
La possibilité d’utiliser des anticorps spécifiques des différentes régions variables de la chaîne β du TCR permet d’analyser le répertoire Vβ en cytométrie en flux. Une utilisation préférentielle des sous-familles Vβ 6 et Vβ 13.1 a parfois été mise en évidence dans les proliférations monoclonales LGL T CD3+.

Cytologie
Noyau plus ou moins régulier avec un cytoplasme clair assez abondant contenant quelques grosses granulations azurophiles.


-  4 Myélogramme

L’envahissement médullaire par des LGL T CD3+ est noté dans 25-90% des cas selon les séries.

-  5 Cytogénétique

Des anomalies chromosomiques intéressant les chromosomes 3, 5, 8 et 14 ont été mises en évidence.

La détermination de leucémie à LGL T CD3+ requiert 3 critères :

  • l’existence d’une prolifération de LGL morphologiquement et phénotypiquement identifiée ;
  • monoclonale ;
  • associée à un envahissement leucémique médullaire et /ou viscéral (foie, rate) attestant de leur caractère malin.


Traitement

Il s’agit d’une maladie chronique. La médiane de survie est supérieure à 10 ans. Certains patients demeurent asymptomatiques plus de 5 ans. Soixante-neuf pour cent des malades atteints de leucémie LGL T doivent bénéficier d’un traitement.

Les indications thérapeutiques sont :

  • les neutropénies compliquées d’infection : méthotrexate ± prednisone ; G-CSF ; cyclosporine A ou 2 CDA ;
  • les anémies : cyclosphosphamide ± prednisone ; chloraminophène ; méthotrexate ± prednisone ;
  • la splénomégalie volumineuse ou associée à une AHAI ou un PTI chronique : splénéctomie ; méthotrexate ± prednisone ;
  • en cas de maladie agressive : méthotrexate ± prednisone ; polychimiothérapie ; fludarabine ou greffe de moelle osseuse allogénique si patient < 65 ans.

Il semble que la meilleure réponse soit obtenue par de faibles doses de méthotrexate à la posologie de 7,5 mg/m2/semaine. Le traitement doit être maintenu car son arrêt entraîne une rechute du processus leucémique difficile à traiter. L’érythroblastopénie doit privilégier un traitement par l’associatiob cyclophosphamide ± corticoïdes ou chloraminophène.

Les formes agressives de LGL T sont rares. Elles expriment l’antigène CD56. Il existe des signes généraux, une hépatosplénomégalie massive, une élévation des LGL circulants souvent > 15 Giga/L. L’évolution est grave avec des résistances thérapeutiques (expression de la Pgp produit du gène MDR1). Le sujet < 65 ans est candidat à une thérapie cellulaire allogénique s’il existe un donneur HLA identique.



La lymphocytose chronique LGL T CD3+


Il s’agit de patients présentant une prolifération chronique LGL T oligo voire monoclonale, sans aucun critère d’agressivité clinique ni signes d’envahissement viscéral. Des complications immunohématologiques peuvent néanmoins survenir. Un suivi à long terme est nécessaire avant de dépister le développement d’une authentique leucémie. Le terme de clonopathie T de signification indéterminée (TCUS) a été récemment proposé.


PROLIFÉRATION À LGL DU SOUS-TYPE NK/CD3-

Environ 15% des proliférations LGL ont un phénotype CD3-/NK. Elles sont classées en 2 catégories :
-  les leucémies LGL de type NK ;
-  les lymphocytoses chroniques de type NK.



Leucémies LGL NK CD3-


Cette entité est très rare en Europe et Amérique du Nord et se retrouve surtout en Asie et au Japon. La médiane d’âge est de 39 ans.


Présentation clinique

Elle est en général bruyante marquée par une hépatosplénomégalie tumorale et des signes généraux. Il existe une infiltration médullaire massive avec myélofibrose et syndrome d’insuffisance médullaire (l’anémie et la thrombopénie sont profondes). L’atteinte digestive est fréquente avec parfois ascite spécifique. Le taux de LGL circulants est souvent supérieur à 10 Giga/L. le phénotype est CD3-/TCR-/CD4-/CD8-/CD16+/CD56+. L’antigène CD57 est variablement exprimé. Il n’existe pas de réarrangement des gènes TCR α ou γ. Le virus EBV serait impliqué dans 50% des cas. La plupart des patients ont une évolution péjorative avec atteinte multiviscérale et troubles de la coagulation.

Manifestations clinico-biologiques des leucémies LGL NK




Lymphocytose chronique LGL de type NK


L’âge médian est de 60 ans. La maladie semble plus fréquente chez l’homme (sex ratio 1,5). Les caractéristiques cliniques sont identiques à celles des malades atteints de leucémies LGL CD3+. Il existe des manifestations auto-immunes et des vascularites. La sévérité de la neutropénie est moindre. L’immunophénotype est de type NK CD3-/CD2+/CD4-/CD8-/CD16+/CD56+/CD57± . Il n’existe aucun réarrangement clonal du TCR. L’hyperlymphocytose est le plus souvent indolente. Quelques cas de neutropénie sévère ont été traités de façon efficace par le méthotrexate et le cyclophosphamide. Des cas de transformation en leucémies NK agressives accompagnées de modifications génétiques ont été décrites.


PROLIFÉRATION À LGL RÉACTIONNELLES

Elles ont été décrites dans des situations non malignes et malignes. Les cellules LGL sont le plus souvent T CD3+ mais des cas de proliférations réactionnelles NK ont été décrites. Le taux de LGL circulant n’est pas très élevé en règle générale inférieur à 3 Giga/L. Ces expansions à LGL sont transitoires et le TCR est toujours de configuration germinale.

Les pathologies associées sont : les tumeurs solides, les connectivites, le PTI, les syndromes hémophagocytaires, les lymphomes malins non hodgkiniens, les infections virales de type CMV, HBV, VIH, les proliférations LGL après greffe de cellules souches hématopoïétiques.



PROLIFÉRATIONS LYMPHOÏDES CD56+


Il faut différencier les leucémies à LGL des proliférations lymphoïdes CD56+ en général de type lymphomateuses dominées par les lymphomes NK et NK-like. Ces lymphomes touchent essentiellement la sphère ORL et sont dominées par :

  • les lymphomes à localisation nasale T/NK ;
  • Les lymphomes non nasal de type nasal multifocal T/NK ;
  • le lymphome hépatosplénique  CD3+/CD16+/CD56+/T ;
  • la granulomatose lymphomatoïde de localisation pulmonaire et rénale  atteinte du SNC ;
  • le lymphome T post-transplantation de phénotype T (atteinte pulmonaire et médullaire) ;
  • le lymphome S-100 (spénomégalie et hyperlymphocytose CD4-/CD8±/CD56+/S-100b+ avec réarrangement de la chaîne β du TCR) ;
  • lymphome blastoïde à cellules NK (maladie extra-ganglionnaire de phénotype NK CD2-/CD43+/CD68+, sans association avec l’EBV).



DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
LES HYPERLYMPHOCYTOSES T




Leucémie à prolymphocytes T


Il s’agit d’une entité rare et retrouvée dans 20% des leucémies prolymphocytaires. Elle touche les adultes d’âge mature et aussi les jeunes patients atteints d’ataxie-télangiectasie.

Sur le plan clinique, la symptomatologie est dominée par un syndrome tumoral avec adénopathies, une splénomégalie et la possibilité de localisations cutanées et des épanchements des séreuses.

Sur le plan cytologique, l’hyperlymphocytose est importante > 100 Giga/L. Dans la majorité des cas, le prolymphocyte T se distingue du prolymphocyte B par un cytoplasme plus basophile, moins étendu avec un rapport N/C plus élévé. On constate des expansions cytoplasmiques arrondies ou « blebs ». Le noyau présente des contours irréguliers et une chromatine mottée. Il comporte un nucléole petit mais net. Dans quelques cas , les prolymphocytes T ressemblent à ceux observés dans les leucémies prolymphocytaires B et doivent en être distingués par l’immunophénotypage. Les marqueurs des lymphocytes T sont exprimés : CD2+, CD3+, CD5+, CD7+. Dans la majorité des cas, les cellules sont CD4+ et CD8-. Les marqueurs CD16, CD56 et CD57 sont négatifs.

Sur le plan cytogénétique, on observe des anomalies du chromosome 14 (inversion 14 q11 q32), du chromosome 8 (iso 8q, trisomie 8) du chromosome X et du chromosome 11. Le chromosome 14 est atteint dans 75% avec toujours un point de cassure en q11 et q32.

Sur le plan thérapeutique, l’évolution est sévère en raison d’une résistance aux chimiothérapies. L’anticorps monclonal Campath-1H rallonge la durée de survie.



Le syndrome de Sézary


Il s’agit d’une phase leucémique d’un lymphome cutané : le mycosis fongoïde. Ce syndrome se définit par la présence dans le sang de cellule tumorales de morphologie caractéristique : la cellule de Sézary. Il s’agit d’un syndrome rare à prédominance masculine (sex ratio 2/1) avec un âge moyen entre 60 et 65 ans au diagnostic.

Sur le plan clinique, le mycosis fongoïde est caractérisé par une érythrodermie exfoliatrice généralisée, aspect de « l’homme rouge » correspondant à une infiltration de l’épiderme par des cellules lymphoïdes T CD4+ au noyau cérébriforme et à la chromatine hyperchromatique. Une hyperlymphocytose peut se voir en phase leucémique même si le plus souvent les cellules de Sézary envahissent le sang sans modifier les paramètres quantitatifs de l’hémogramme. Une hyperéosinophilie est parfois observée.


Clinique

Lésions figurées (A)


Lésions érythrodermiques (B)


Lésions tumorales (C)


Sur le plan cytologique, deux types de cellules se voient dans le sang :

  • les grandes cellules classiques de Sézary : leur noyau de grande taille est rond ou ovalaire et occupe les 4/5eme de la cellule. La chromatine est dense, mottée et laisse apparaître des sillons chromatiniens en « coup d’ongle ». Le cytoplasme est clair faiblement basophile et dénué de granulations.
  • Une variété à petites cellules au rapport N/C très élevé est plus fréquente que les cellules classiques de Sézary et appelées cellules de Lutzner. Ces cellules conservent un aspect chromatinien comparable à celui des grandes cellules.
  • Le myélogramme ne peut montrer qu’une infiltration modérée.

Cytologie

Taille variable, noyau irrégulier cérébriforme avec incisures en « coup d’ongle »

Immunophénotype



Phénotype T, le plus souvent CD4+

Le phénotype est le suivant : CD3+, CD2+, CD5+, CD4+, CD8-, CD7 +/-, DR- , CD25-. La biologie moléculaire permet d’affirmer la clonalité de la prolifération T grâce à l’étude du réarrangement monoclonal des gènes codant pour les chaînes du TCR.



La leucémie-lymphome T de l’adulte ou ATLL


La leucémie lymphome T de l’adulte est une prolifération lymphoïde maligne portant sur les lymphocytes CD4+ activés. Cette entité possède une épidémiologie particulière car elle est liée à la distribution de l’agent étiologique : un rétrovirus humain, le HTLV-1. Trois principales régions d’endémie existent : le Japon, les Antilles Françaises et l’Afrique Noire tropicale. La majorité des sujets infectés par HTLV-1 sont et resteront asymptomatiques toute leur vie. Seuls 2-4% développeront une leucémie-lymphome T.

Sur le plan clinique, l’ATLL est une hémopathie avec une phase de latence très longue (soit 20 ans). Plusieurs formes cliniques existent :

  • 1. une forme latente sans manifestation clinique ni biologique mais où l’intégration du provirus peut être mise en évidence par Southern Blot.
  • 2. Une forme aiguë la plus courante associe des polyadénopathies avec hépatosplénomégalie, lésions cutanées à type de papules ou érythrodermie généralisée. Sur le plan biologique, il existe une hyperlymphocytose avec passage sanguin de cellules lymphoïdes anormales, un envahissement médullaire et une hypercalcémie.
  • 3. Une forme chronique avec atteinte des organes hématopoïétiques se traduisant par une hyperlymphocytose où prédominent les lymphocytes T anormaux, une atteinte splénique et médullaire. Cette forme évolue souvent vers la forme aiguë.
  • 4. Une forme lymphomateuse qui représente 25% des acs des ATLL au Japon. Elle se manifeste par un syndrome tumoral avec polyadénopathies superficielles et profondes ainsi qu’une hépatosplénomégalie. Dans le sang circulant, il n’y a pas d’hyperlymphocytose et le nombre de cellules lymphoïdes anomales est < 1%.

Formes cliniques de l’ATL


Profil immunophénotypique des hémopathies lymphoïdes chroniques T avec hyperlymphocytose


Sur le plan cytologique, il s’agit de cellules de taille variable, au cytoplasme fortement basophile, sans grains visibles. Les contours nucléaires sont très irréguliers prenant un aspect en « trèfle » ou folié. Il existe également des grandes cellules polylobées.

Sur le plan phénotypique, il s’agit de lymphocytes T matures activées CD2+, CD3+, CD5+ , TCR αβ, CD4+, CD25+, CD8-, CD7-.

Sur le plan cytogénétique, les anomalies sont fréquentes et multiples non spécifiques : trisomie 3 ou 7, perte de l’X, réarrangements des chromosomes 6 et 14. syndrome de Sézary.

Cytologie



Cellules « fleur » Pléiomorphisme des cellules lymphoïdes
Immunophénotype CD2+, CD3+, CD4+,CD5+, CD7-, CD8-, CD25+, CD45RO+, HLA-DR+, CD30±

[1] Le caryotype est un examen qui a pour but d’étudier les anomalies des chromosomes des cellules lymphoïdes pathologiques. Le prélèvement se fait généralement au niveau de la moelle osseuse mais parfois peut être réalisé au niveau sanguin si les cellules se divisent suffisamment voire au niveau d’un ganglion. Le prélèvement est mis en culture 24 à 48 heures, en présence d’un facteur mitogène spécifique de la lignée B ou T étudiée.

[2] La recherche de translocations en biologie moléculaire est complémentaire du caryotype et peuvent être recherchées grâce à des sondes spécifiques de la région impliquée. Différentes techniques sont utilisées : ’Southern blot’, amplification par PCR, technique sensible (1 cellule maligne détectable sur 1000000). Ces techniques peuvent mettre en évidence des translocations spécifiques d’une pathologie (exemple : translocation du gène bcl2 près du gène de la chaîne lourde d’immunoglobuline des lymphomes centrofolliculaires). Cette technique permet aussi de quantifier le nombre de cellules exprimant l’anomalie et de suivre ainsi la maladie résiduelle au cours du traitement.

[3] L’étude du réarrangement des gènes des immunoglobulines ou du récepteur T est une technique qui permet après extraction de l’ADN des cellules lymphoïdes pathologiques de connaître l’état des gènes des immunoglobulines ou du récepteur T grâce à une sonde spécifique le plus souvent JH pour les Ig et du segment J du récepteur T (TCR). En effet, lors de la différenciation lymphoïde B et T, les gènes des Ig et du récepteur T se réarrangent en excisant une partie de l’ADN. Ce réarrangement est spécifique de la cellule dans laquelle il se produit. Il permet de caractériser la lignée B pour le gène des Ig ou la lignée T pour le gène du récepteur T. Les indications les plus fréquentes sont la mise en évidence d’une population monoclonale lymphoïde B ou T ou pour analyser la maladie résiduelle après traitement d’une hémopathie lymphoïde.




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